La pollution spatiale : un enjeu invisible à nos yeux mais important pour notre avenir

By on 23 novembre 2021

Grâce à la mobilisation mondiale des jeunes face aux changements climatiques, une prise de conscience sans précèdent a mis en lumière les conséquences néfastes de nos modes de production et de vie sur notre planète bleue.

Mais une problématique environnementale moins connue existe au-dessus de nous : la pollution spatiale.

Chaque année, plusieurs centaines de satellites sont lancés en orbites pour diverses missions.

L’un des derniers projets d’envergure est celui de l’entrepreneur Elon Musk. Il aura pour but de fournir un internet à haut débit à partir de l’espace grâce à ses milliers de satellites (11.943 satellites). Comptons à cela qu’Amazon, OneWeb, Telesat, Facebook et Lynk, Aerospace Science et Industry corp ainsi que Roscosmos ont aussi des projets de télécommunication.

Si les projets sont louables, cette circulation en orbite s’annonce problématique dans les années à venir avec les satellites de télédiction, de télécommunications et scientifiques, ainsi que les différentes stations spatiales pour les observations.

Il y a peu, plus de 2000 astronomes du monde entier ont signés une pétition afin de réduire le nombre de satellites.

Dans une publication scientifique, l’observatoire Européen Austral estime qu’il y aura une perte de données entre 5 à 20% en fonction du type d’observation. S’en suivrait aussi une augmentation du problème de collusions de débris de satellites qui est connu depuis plusieurs années. C’est ce qu’on appelle le Syndrome de Kessler où une boucle de rétroaction positive se crée et où dans laquelle les collisions générant des débris créent de plus en plus de collisions, qui à leur tour créent de plus en plus de débris, rendant des parties de l’orbite terrestre pratiquement inutilisables.

Les débris dans l’espace sont comparables aux déchets plastiques sur Terre, à la différence que les 6 500 tonnes de détritus déjà placés en orbite peuvent se transformer en projectiles extrêmement dangereux.

En 1982, 500 satellites étaient en orbite. Aujourd’hui, on en compte 2.100. Tout cela provoquera une augmentation considérable de la pollution spatiale !

Vu l’importance de cette problématique, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a lancé une mission avec la startup ClearSpace afin de concevoir un chasseur de débris spatial qui décollerait à l’horizon 2025. Elle a aussi lancé un nouvel appel d’offre de 100 millions d’euros pour un prototype capable de désorbiter l’adaptateur Vespa, de 100 kg, qui a servi à mettre en orbite Proba-V en 2013.

Aussi, une entreprise japonaise est entrain de plancher sur l’idée de créer des satellites en bois afin de réduire les substances nocives dans l’atmosphère lors de la désintégration des satellites.

Face à cela, nous devons avoir comme vision que pour chaque lancement de satellites des différentes instances étatiques ou grandes entreprises, celles-ci doivent prévenir les futures collisions et améliorer les nouveaux moyens de propulsions autre qu’avec du combustible fossile.

Si cette pollution est invisible à nos yeux, elle reste une pollution d’un nouveau genre qui pourrait avoir plusieurs conséquences pour les générations futures.

La pollution spatiale n’a pas de frontière. Suite aux intentions de lutter contre le réchauffement climatique lors du G20 et la COP26, la coopération internationale doit être de mise face à ce nouvel enjeux. Il faut se doter d’un cadre réglementaire international afin de trouver un équilibre entre l’évolution des différentes missions ou activités ainsi que le respect de l’espace.

Mais tout d’abord, l’Europe se doit de se doter d’une politique spatiale européenne forte. Depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l’Union européenne partage des compétences partagées dans le domaine spatial. Traditionnellement, la politique spatiale est une politique nationale et les États membres conservent des compétences dans ce domaine, comme le prévoit l’article 189 du Traité. Pour autant, chaque pays à sa propre approche. Par exemple, la politique spatiale française est liée à la défense alors que la politique spatiale allemande est plus civile.

Depuis quelques années, l’Union européenne doit se conscientiser dans le domaine spatial. Cela se traduit par l’adoption de budget toujours plus élevé. En effet, pour la période 2021-2027, l’UE a alloué 14,88 milliards d’euros afin qu’elle puisse devenir un acteur de premier plan en renforçant des programmes phares comme Copernicus ou le programme de surveillance de l’espace (SSA) pour suivre les débris spatiaux.

Pour autant, la Fondation Robert Schuman souligne que ce budget est bien trop faible au niveau international en comparaison avec la NASA.

Si la conscientisation est louable, il reste que la politique spatiale européenne a des limites.

Le 15 novembre dernier, le Sénat français a publié son rapport sur les enjeux et perspectives de la politique spatiale européenne. Comme il est souligné dans celui-ci, l’UE et l’ESA (Agence Spatiale Européenne – organisation intergouvernementale indépendante de l’UE, basée à Paris) ont des membres distincts. La Suisse, la Norvège et le Canada (à travers un accord de coopération) sont membres de l’ESA. A contrario, certains États membres de l’Union européenne ne sont pas membres de l’ESA : la Hongrie, la Slovénie, l’Estonie (États sous Statut spécial), la Lituanie, la Lettonie, Chypre, Malte et la République slovaque (États ayant un accord de coopération avec l’ESA), la Bulgarie (accord de coopération en cours de négociation).

Une autre différence est que l’ESA applique la règle du retour géographique. Concrètement, cela signifie que chaque État membre participe équitablement à la mise en oeuvre des programmes spatiaux, compte tenu de sa participation financière. Autrement dit, plus un État contribue au budget de l’ESA, plus son industrie reçoit des contrats de l’ESA. Vous imaginez bien que cela est contraire aux règles de l’UE.

Afin de rallier l’UE et l’ESA, en 2004, un Conseil « Espace » a été créé. La dernière réunion en date a eu lieu le 20 novembre 2020.

Le 27 avril dernier, le Conseil et le Parlement européen ont annoncé la création d’une nouvelle agence spatiale (European Union Space Program Agency, basée à Prague) à partir d’une agence déjà existante (GSA). Afin d’éviter des rivalités ou des doublons, un accord (FFPA – Contrat-cadre de partenariat financier) a été signé le 12 mai 2021 entre les deux agences spatiales ESA et EUSPA.

Aujourd’hui, cela signifie que trois acteurs principaux sont chargés de la gouvernance de l’espace : la Commission européenne, l’ESA et l’EUSPA.

En tant que jeunes libéraux, nous tenons à ce que l’Europe puisse faire face aux enjeux multiples aux côtés de la puissance historique des États-Unis ou de nouvelles puissances comme la Chine dans le domaine spatial. Cela se traduira par une vision à long terme de plusieurs années où dans la ligne de conduite les maîtres mots seront : responsabilité et durabilité.

L’Europe se doit d’être exemplaire mais aussi donner l’impulsion afin de conscientiser les différents acteurs à la pollution spatiale.

 

 

Laura Hidalgo