Vote à 16 ans : Oui mais…

By on 18 octobre 2021

1. Rétroactes

En 2015, le groupe Ecolo-Groen déposait une proposition de loi pour le droit de vote à 16 ans.

Dans l’accord de Gouvernement Fédéral « Vivaldi » du 20 septembre 2020, un volet est dédié au renouveau démocratique.

C’est précisément dans ce volet que nous pouvons lire ceci : « Nous abaisserons l’âge de vote aux élections européennes à 16 ans. Le jeune qui souhaitera voter dans ce cadre devra s’inscrire au registre des électeurs de sa commune. Dès lors qu’il se sera inscrit, il sera soumis à l’obligation de voter. »

L’âge de vote sera donc abaissé à 16 ans pour les prochaines élections européennes qui auront lieu en 2024.

En avril 2021, Ecolo presse la Vivaldi d’abaisser le droit de vote à 16 ans pour les européennes.

C’est écrit noir sur blanc dans l’accord du gouvernement fédéral, mais les verts d’Écolo-Groen ont néanmoins déposé une proposition de loi en ce sens, soutenue par l’Open VLD, afin de rappeler leurs engagements à leurs partenaires (PS, SP.A, MR et CD&V) de la coalition Vivaldi.

Le MR s’est positionné et soutient « avec enthousiasme cette proposition ». Selon Georges-Louis Bouchez, l’Europe est un enjeu d’avenir et cet avenir appartient aux jeunes. Les intégrer plus fortement au débat permettra les réformes nécessaires.

Récemment, Vooruit, suivi par la gauche du gouvernement (les écolos et les socialistes), souhaite désormais que les mineurs n’aient plus l’obligation de s’inscrire pour ces élections. Donc, qu’ils bénéficient d’un droit de vote (sans inscription préalable), pas d’une obligation de vote comme leurs aînés.

2. L’avis des Jeunes MR

En Belgique, la majorité civile est fixée à 18 ans, comme dans de très nombreux pays du monde. Cet âge est très « symbolique » puisqu’il représente (généralement) le moment où on finit sa scolarité (la scolarité étant liée à l’enfance). À 18 ans, c’est le début de l’émancipation : on commence des hautes études, on part en échange linguistique, on prend un kot, on apprend à conduire ou on commence à travailler. On a estimé que c’était le bon moment pour accorder aux jeunes leurs droits et – surtout ! – leurs devoirs civiques.

Plusieurs arguments jouent en défaveur de l’abaissement du droit de vote à 16 ans.

Premièrement, la première des questions à se poser est de savoir si les premiers concernés, à savoir les jeunes de 16 ans, sont demandeurs ou ne serait-ce qu’intéressés par ce nouveau droit.

À cette question, une étude du Forum des Jeunes (à laquelle plus de 1000 jeunes âgés entre 16 et 30 ans ont participé) répond par la négative. Ce sont près de 80% d’entre eux qui sont exprimés contre une telle mesure. Les raisons invoquées pour justifier un tel vote sont diverses :

53% ont plaidé l’immaturité ;

30% par manque de connaissance ;

17% éprouve du désintérêt.

Cette étude vient confirmer un ressenti. Beaucoup de nos membres participent à des débats

Apprentis Citoyens et cette question de l’abaissement de l’âge légal du vote revient de manière récurrente. Les jeunes présents (de 5 ème et de rhéto) ne sont jamais vraiment emballés à l’idée de pouvoir voter dès 16 ans.

Deuxièmement, il ne faut pas que l’abaissement de l’âge légal pour le droit de vote soit instrumentalisé par certains partis. En Allemagne par exemple, les primo-votants se déplacent très peu aux urnes (vote non-obligatoire) et depuis plusieurs années maintenant, les dirigeants allemands

pensent abaisser l’âge légal de vote à 16 ans pour remédier à ce désintérêt. On est typiquement dans l’instrumentalisation, au lieu de s’intéresser aux vraies raisons de l’abstentionnisme, on ne pose pas les bonnes questions.

Troisièmement, le droit de vote à 16 ans induirait ipso facto une incohérence légistique avec tous les autres droits et devoirs obtenus à la majorité comme la responsabilité pénale.

Enfin, il sera très utile d’analyser les résultats de l’expérience menée à Gand aux prochaines élections communales où les jeunes pourront voter (sans que le vote final ne soit pris en compte). On pourra décemment évaluer le pourcentage d’engagement de la jeunesse et en tirer les premières conclusions.

Cependant, il faut pouvoir recentrer le débat. La vraie question de ce débat autour de l’abaissement du droit de vote semble être l’intérêt pour les jeunes de la chose publique.

Plusieurs facteurs éloignent les jeunes de la politique :

(1) La complexité du système belge peut rapidement décourager. Comprendre le fonctionnement

de notre pays avec ses six gouvernements – sept si on compte la Commission européenne – relève de l’effort volontaire. Nous avons rédigé un livret explicatif à cette intention. Il est disponible en ligne sur notre site web ou sur simple demande en version papier.

(2) Le fossé entre les préoccupations des jeunes et les préoccupations politiques ; au premier abord, les jeunes ne s’intéressent que très peu à la création d’emploi (la majorité étudie encore) ou à la réforme des pensions (ils ont encore le temps). De plus, en général, le discours politique qui aborde ces sujets est peu accessible, prenant la forme de longues phrases remplies de concepts incompréhensibles.

➜ Il faut d’abord intéresser et former nos jeunes, leur donner les clefs de compréhension du monde politique et des ces enjeux. Il faut former des CRACS (Citoyen Responsable, Actif, Critique et Solidaire), c’est d’ailleurs notre mission principale en tant qu’organisation de jeunesse politique.

Chez les Jeunes MR, nous organisons régulièrement des rencontres entre responsables politiques (bourgmestre, député, ministre) et les jeunes. Nous tentons également de vulgariser les grands sujets d’actualité politique à travers notre magasine, le PiccoloMag, et via la publication en ligne de Cartons bleus, qui décryptent les thématiques qui font la Une.

Les Jeunes MR soutiennent également l’instauration d’un vrai « Cours de Citoyenneté » qui permettrait aux élèves de mieux comprendre comment fonctionne notre démocratie, d’aborder les différents courants politiques et religieux qui ont marqué notre Histoire.

 Aujourd’hui, ce cours se résume à un « Cours de Rien » qui manque de substance. Certes, dans certaines écoles, le dispositif mis en place dans le cadre de l’EPA est intéressant mais on connait des établissements qui proposent de ranger la bibliothèque pendant ces heures. On est loin de l’éducation à la citoyenneté.

Il est essentiel que les jeunes cultivent également leur curiosité et leur esprit critique. Cela demande quelques efforts au quotidien : ouvrir un journal, regarder un JT, lire un article sur internet ; on peut également s’inscrire auprès de projets politiques (OJ politique) ou citoyens qui permettent aux jeunes de s’investir auprès de la société.