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Investiture de Donald Trump : L’étanchéité des réseaux sociaux au service du populisme ?

En ce 20 janvier, jour d’investiture pour Donald Trump, il nous parait important de tirer les premières leçons de son élection et de ses premiers pas en tant que président élu.

Parlons d’abord de l’homme. Les dérapages de Trump ne sont plus à présenter, on ne les compte déjà plus. Flirtant en permanence avec le racisme et le sexisme, le Président élu est davantage connu pour ses comportements outranciers que pour son désir de se mettre au service de sa nation.

Concentrons-nous à présent sur quelques chiffres de l’élection. Lorsqu’on observe les sommes dépensées lors de cette campagne américaine, la première sensation s’apparente au vertige. Les montants mis sur la table par les deux principaux candidats surpassent l’indécence. On parle de 1,2 milliard de dollars dépensés par Hillary Clinton contre 600 millions pour son rival républicain.

Nait de ces chiffres une interrogation : comment un candidat qui a dépensé deux fois moins que son adversaire a-t-il pu l’emporter ? Il faut, en effet, remonter à 1976 pour retrouver l’unique cas similaire dans l’histoire des élections américaines. Jimmy Carter avait alors dépensé 33,4 millions de dollars contre 35,8 millions pour le républicain Gerard Ford.

La majorité du budget d’Hillary Clinton fut dédié à l’achat de temps d’antenne et de présence médiatique. Ces dépenses représentent plus de 50% du budget de la candidate. C’est également le poste pour lequel Donald Trump a consacré le plus d’argent (environ 30% de son budget de campagne). La grosse différence se situe ailleurs ; là où le candidat républicain a consacré 25% de son budget à de la publicité en ligne et à de la consultance digitale, Hillary Clinton, elle, y a consacré seulement 3,5 % de son budget. Pour une somme 4 fois moindre en terme absolu. Une aberration au regard de l’importance du numérique dans le paysage politique actuel mais également dans la vie de chaque citoyen de manière générale. Quand on sait que Barack Obama avait fait des réseaux sociaux un enjeu majeur mais  aussi un moyen de financement de sa propre campagne (notamment en utilisant des petits donateurs individuels,  court-circuitant ainsi le pouvoir des lobbys), il est difficile de comprendre le choix de l’équipe « Clintonienne ».

C’est indéniable : le numérique a joué, cette fois encore, un rôle considérable dans la campagne américaine. Cette nouvelle place est pourtant toujours mal comprise par les médias traditionnels et les instituts de sondages. Et, vu sous cet angle, il est plus aisé de comprendre les prévisions tellement erronées sur le potentiel vainqueur de l’élection.

La réalité cloisonnée des bulles de filtrage 

Pour comprendre comment la victoire de Trump, à l’instar du Brexit d’ailleurs, se sont révélées de véritables surprises, il faut s’intéresser au fonctionnement même des géants de l’internet que sont Google, Facebook ou encore Twitter. Toutes ses sociétés utilisent le système des bulles de filtrage pour répondre au plus près aux attentes de leurs utilisateurs. Ces algorithmes qui font en sorte que sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche un individu ne tombe que sur des résultats qui l’intéresse. Cette méthode enferme chacun dans un cercle bien hermétique où il finit par fréquenter virtuellement des individus qui pensent et qui consomment comme lui.  Les réseaux sociaux ne représentent pas en réalité une ouverture sur l’ensemble des gens qui nous entourent, cela ressemble à un amas de constellations de pensées qui ne se côtoient que très peu, chacune étant convaincue qu’elle représente l’ensemble de la société. Il est très difficile aujourd’hui de sortir de ces bulles de filtrages qui sont présentes partout dans nos vies.

Si on couple cette réalité au fait que 6 américains sur 10 s’informent de manière régulière sur les réseaux sociaux. Dans les mêmes proportions, ils sont plus de 60% à ne consulter qu’un seul site pour s’informer, n’accordant pas d’importance au pluralisme des sources.

 

Post vérité et nouveaux médias 

A ces constats inquiétants s’ajoutent celui de l’émergence de certains médias alternatifs sur Internet, souvent très à droite de l’échiquier politique, qui n’accordent plus d’importance à la vérité.Ces sites de l’Alt-right, Alternative Right, l’extrême droite américaine, confondent volontiers journalisme et militantisme, mettant aux nouvelles leurs agendas politiques. On citera entre autres le site de (dés)informations Breibart ou encore le « prédicateur » de youtube Alex Jones.  Ils répandent et relayent les théories du complot, jusqu’au plus avilissantes. Alex Jones, suivi par 2.000.000 de personnes et encensé par Trump pendant sa campagne,  avait été jusqu’à affirmer que la tuerie de Sandy Hook, où plus de 27 personnes ont été assassinées dont 20 enfants âgés entre 6 et 7 ans, était en réalité un complot mis en place par les démocrates afin de restreindre les lois sur le port d’armes à feu aux États-Unis.

Un des postes les plus prestigieux du cabinet de Donald Trump sera d’ailleurs occupé par le fondateur de Breibart.com : Steve Bannon, dont les dérapages racistes ont déjà fait le tour de la planète média. Soulignons que Breitbart souhaite installer une antenne en France, leur candidate pour l’élection de 2017 semble déjà toute trouvé, suivez notre regard…

Ces nouveaux médias nous ont fait entrer dans une nouvelle ère, celle de la post-vérité, élu mot de l’année par le très british Oxford Dictionnary. On pourrait en traduire le sens comme suit : « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». La vérité, autrefois gage d’intégrité des médias traditionnels, n’est plus nécessaire pour conquérir l’opinion.Elle est mise au même niveau que les théories du complot et les mensonges perpétrés à des fins électoralistes.

“For the people”, vraiment?

Les Jeunes MR n’ont pas souhaité réagir de manière impulsive à l’élection de Donald Trump.

En ce 20 janvier, la nomination d’un banquier, ancien de Goldman Sachs, au Trésor, le fait que le site américain Quartz ait calculé que la fortune personnelle combinée des membres du cabinet de Trump est plus élevée qu’un tiers de l’ensemble des ménages américains, ainsi qu’une bonne dose de népotisme supplémentaire avec la nomination de son gendre à un des postes clefs de la Maison Blanche résument, selon nous, toute la valeur que porte Donald Trump à ses promesses anti-establishment.

Les Républicains appliqueront leurs idées et leurs recettes à une économie américaine effrayée par son déclin et prête à se fermer sur elle-même. La finance américaine se porte bien avec une bourse américaine atteignant des seuils jamais enregistrés et des dividendes revenus à leurs niveaux de 2007. Ces résultats sont en grande partie dus aux promesses d’investissement dans les infrastructures et de diminution des taxes sur les entreprises.

Les États-Unis se sont toujours isolés dans des périodes délicates avant de revenir sur le devant de la scène. Rien ne va changer durant les quatre prochaines années, si ce n’est qu’il faudra sans doute contenir l’impulsivité du nouveau Président.

Les prochaines échéances en Europe s’annoncent cruciales. Les élections françaises, allemandes mais aussi néerlandaises seront sans doute décisives pour l’extrême droite et les populistes. L’Union Européenne doit prendre conscience de sa puissance lorsqu’elle résonne à l’unisson, son économie se porte bien dans son ensemble avec une croissance retrouvée et un surplus de la balance des exportations. Il est plus que temps que les « grands » pays de l’Union arrêtent de faire cavalier seul sur la scène internationale.

Les États-Unis se sont toujours accommodés d’une UE affaiblie sur la scène internationale, s’assurant ainsi l’hégémonie dans les domaines économique et militaire. Aujourd’hui, sur le point de perdre leur position de leader, les Américains ont fait le choix du repli avec Trump. La place de leader est à prendre et l’UE a toutes les qualités pour remplir ce rôle si elle arrive à se débarrasser de ses pensées individualistes.

Ils restent quelques mois aux médias et aux politiques pour remplacer la démagogie par la pédagogie, il faudra remplacer les sondages pour choisir ses idées par défendre ses idées pour influencer les sondages.