Carton Bleu | La vérité a quitté le camp de Bart De Wever comme celui du « Mouvement Maximilien »

Publié le 25 janvier 2018


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Hystérique. Électrique. Ultra-médiatisé. Les qualificatifs liés au débat actuel sur l’immigration – symbolisé par la problématique du Parc Maximilien – ne manquent pas. Ce n’est pas l’apanage de la Belgique, que du contraire. Les thèmes migratoires animent le débat public partout en Europe, sans exception. Et comme tous les sujets sensibles de notre époque hyper-connectée, ils polarisent la société en faisant émerger deux camps qui s’affrontent, se durcissent, se renforcent mutuellement. Aujourd’hui, la vérité au sujet de l’immigration et de l’asile a quitté le camp de Bart De Wever comme celui du « Mouvement Maximilien ».

 

Car la vérité, elle est là : l’immigration est un atout pour la Sécurité sociale et l’économie d’un pays, à condition que celle-ci soit légale et couplée d’un véritable soutien à l’intégration.

Une vérité devenue totalement inaudible, tant le climat politico-médiatique force les citoyens à s’inscrire dans un débat binaire. D’ailleurs, nul doute que ces propos susciteront des hostilités de la part des deux camps. Et pourtant, elle n’est que la réponse objective d’une vraie question de société.

L’immigration est-elle le dernier clou dans le cercueil de notre Sécurité sociale ? Non. Si l’on s’intéresse un tant soit peu à notre modèle social, on sait que le premier défi à relever dans les prochaines années concerne, avant tout, le vieillissement de la population. L’inversion de la pyramide des âges suscitera des besoins financiers très importants, qui plus est alors que notre économie est en train de muter sous l’influence de la révolution numérique ; ce qui aura des effets certains aussi sur la fiscalité en général. Face à cela, l’immigration peut s’avérer être une vraie plus-value. L’immigré d’aujourd’hui est le travailleur de demain. Pourquoi pas, l’indépendant de demain. Par le travail, il participe à son émancipation mais, surtout, devient un acteur de notre économie. À défaut de le saper, il contribue directement à notre système de solidarité.

On a besoin de l’immigration. Elle se justifie économiquement mais aussi moralement. Néanmoins, notre responsabilité est de mettre en place l’ensemble des conditions pour une « immigration réussie ». Sur ce terrain-là, le « Mouvement Maximilien » est complètement absent. Il apporte une réponse logistique, ce qui est tout à son honneur. Mais ses figures de proue n’apportent aucune réponse politique, malgré leurs interventions répétées dans les médias. Tout au plus, exploitent-ils tous les comparatifs possibles avec le régime nazi pour décrire le Gouvernement fédéral. Les communiqués de presse sont du même acabit. Sur les bancs de l’opposition, le débat de fond sur la question est à ce jour, toujours porté disparu. Or, la situation du « Parc Maximilien » est une impasse. Les transmigrants qui y séjournent n’ont ni la volonté de faire une demande d’asile, ni même d’être régularisés en Belgique. D’ailleurs, ces procédures ne sont possibles qu’à la demande des principaux intéressés. L’institutionnalisation du Parc Maximilien souhaitée à demi-mot par certains ne répond en rien aux conditions d’une « immigration réussie ». Pire, elle va à l’encontre des intérêts de chacun. Mais, aujourd’hui, la frange politisée du « Mouvement Maximilien » est incapable de l’avouer, comme elle était incapable d’envisager l’utilité d’un parcours d’intégration il y a quelques années.

Dans le débat sur l’immigration, l’heure est au pragmatisme. Si le populisme électoral n’y a pas sa place ; le populisme « moraliste » non plus. Face à la crise migratoire que nous avons connue, la première réponse étiquetée « ferme mais humaine » était le moins mauvais des choix. Mais viendra un temps où nous devrons assurément débattre plus profondément de l’entièreté de la politique d’immigration-intégration. Tout un programme quand on sait que ces compétences sont fragmentées entre différents niveaux de pouvoir. Alors, souhaitons qu’une troisième voie puisse se dessiner entre l’acerbe intransigeance des uns et l’irresponsable naïveté des autres.