Carton Bleu | Service Citoyen : l’engagement doit rester un choix

Publié le 29 mai 2017


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Benoit Lutgen a récemment déposé une proposition de loi qui a pour but l’instauration d’un service citoyen obligatoire pour les jeunes entre 18-30 ans à l’horizon 2025, avec un engagement encadré de deux mois minimum à un an maximum.

Si l’intention du Président du cdH peut paraître louable, il n’en demeure pas moins que, le cdH semble vivre dans un monde parallèle où les réalités financières, législatives et de terrain ne semblent pas prises en compte. Une réalité où en plus, le cdH n’hésite pas à recycler les mêmes projets d’une année à l’autre.

Tout d’abord, le caractère obligatoire d’un tel service citoyen, nous y sommes résolument opposés. D’un point de vue libéral d’abord, on ne peut contraindre tous les individus à un tel parcours si tel n’est pas leur choix.  On ne peut imposer à un jeune la façon doit il doit débuter sa vie d’adulte. Ce caractère obligatoire sous-entendrait également que seule une mesure autoritaire peut être l’origine de la mobilisation de la jeunesse. Aux Jeunes MR, ce sont plus de 10.000 membres qui par leur engagement tordent le cou à cette idée.

D’un point de vue pratique ensuite, un nombre important de problématiques vont apparaître.

Premièrement, comment financer un tel projet ? Benoit Lutgen expliquait que « cela couterait environ 200 millions d’euros ». D’autres estiment qu’une telle mesure équivaudrait à un coût total de 625 millions d’euros. Au vu de ces quelques chiffres et de cette approximation, il nous parait plus censé de financer un service citoyen de qualité pour les jeunes qui désireraient l’effectuer.

Ensuite, quid des sanctions pour les jeunes qui ne souhaiteraient pas réaliser leur service citoyen ? Seraient-ils considérés comme des déserteurs ? Se verraient-ils imposer des amendes ? Voire des jours de prison ?

Tout ceci ne fait pas sens plus de vingt ans après la fin du service militaire obligatoire en Belgique.

Enfin, il apparait impossible de trouver une mission citoyenne qui ait du sens et soit encadrée pour 140.000 jeunes à l’horizon 2025. De plus, le marché du travail s’en trouverait totalement perturbé. Ce marché du travail où il est difficile pour les jeunes de trouver leur place. La formation et l’emploi ne devraient-ils pas être au centre des préoccupations en premier lieu, en tant que moyens d’émancipation au sein de notre société.

Nous étions présents au Colloque du Sénat sur le sujet. Lors de celui-ci, une comparaison a été effectuée entre les différents services citoyens déjà existants en Europe. La conclusion est sans appel : dans les pays où il rencontre un certain succès voire un succès certain (Italie, France, Allemagne, Lituanie), ce service citoyen n’est pas obligatoire.

Un des principaux problèmes de ce texte est qu’il ignore une série d’initiatives déjà présentes en Belgique. Notamment la « Plateforme pour le Service Citoyen » dont nous sommes partenaires, au même titre que d’autres organisations de jeunesse. Celle-ci propose déjà à des jeunes âgés d’au moins 18 ans de réaliser un service civil de 6 mois à un an au sein de projets utiles à la société (Auberge des jeunesses, hôpitaux, etc..).

Pour ne pas perturber le marché du travail et le fonctionnement des différents organismes partenaires, la plateforme service citoyen a tenu à encadrer de manière bien définie le travail des jeunes volontaires. Par exemple, les jeunes volontaires sont soumis à une obligation de moyens et pas de résultats, comme les organisations de jeunesses d’ailleurs. La mission du jeune, encadré par un tuteur, doit se limiter à des tâches qui ne sont pas essentielles au bon fonctionnement de l’organisme pour lequel il travaille.

Les Jeunes MR sont en faveur du service citoyen volontaire.

Aujourd’hui, le principal frein à cette initiative en Belgique est qu’elle ne dispose toujours pas de cadre légal, en partie à cause de volontés opposées entre le fédéral et les entités fédérés. Il faut concentrer les efforts sur un compromis qui s’appuierait sur les législations déjà en vigueur dans d’autres pays d’Europe où le service citoyen est instauré et fonctionne.

Il est temps que nos responsables politiques de tous partis confondus et de toutes les entités fassent preuve de volonté pour créer ce cadre légal qui participerait au développement du vivre-ensemble et à l’émancipation de la jeunesse. Deux notions dont notre société a terriblement besoin aujourd’hui.