Carton bleu des Jeunes MR │ Modernisation du Travail : cette révolution que l’on ne veut pas voir

Publié le 30 septembre 2016


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« Si on ne fait rien, les jeunes vont devenir les esclaves de Temps Modernes. » C’est une jeune militante FGTB qui l’affirme à un journaliste de RTL. Nous sommes au cœur de la manifestation du 29 septembre 2016. Elle en est convaincue : il faut agir, et vite ! Et elle a en partie raison car, en effet, répondre aux grands enjeux du 21ème siècle par l’inaction nous conduira à d’immenses catastrophes sociales et économiques. « Si on ne fait rien », les travailleurs de demain s’intègreront dans un monde du travail au bord de l’implosion, tiraillé entre deux forces antinomiques : la marche du Progrès et la résistance du Passé. Mais là où la jeune militante FGTB se trompe, c’est lorsqu’elle désigne « l’ennemi ». Son ennemi. Pour elle, c’est le Gouvernement fédéral d’abord. Sur un autre plan, c’est la révolution numérique globalisée. Or, le premier ne fait qu’essayer d’adapter notre société aux bouleversements engendrés par l’autre.

Se battre contre des moulins à vents

Nous sommes en 2016 et tout s’ubérise : l’économie, le travail, les loisirs, les médias. Bien sûr, cela ne plait pas à tout le monde. Ils sont quelques irréductibles – souvent à gauche de l’échiquier politique – à vouloir dresser des barrages d’argile face à la numérisation du monde. Ils le disent haut et fort sur Facebook, Twitter, Instagram, Periscope, Vine ; sur les sites d’information, en push sur votre smartphone, dans ce débat disponible en replay que vous regarderez sur le quai de la gare, en attendant votre train. Ces « no pasarán » du progrès technologique se sont engagés dans une lutte perdue d’avance, tant le numérique a déjà intégré chaque parcelle de notre quotidien. Ils refusent de changer de paradigme. Ils font de leurs acquis des totems, des « à prendre ou à laisser » qui seront inévitablement laissés par un monde qui les reconnaitra comme anachroniques.

On s’oppose à la flexibilité au travail alors que cette réforme veut adapter la législation aux réalités du terrain. Les nouvelles générations sur le point d’entrer sur le marché du travail appréhendent leur vie professionnelle d’une toute autre façon que leurs aînés. L’épanouissement est devenu la valeur-phare de leur plan carrière. Les loisirs, une condition sine qua non. Les avancées technologiques ne les confinent plus dans un horaire de bureau « 9h-17h » mais leur permettent plus d’autonomie dans la gestion de travail, se focalisant sur le résultat plutôt que le pointage. La flexibilité répond au besoin de temps, devenu un gage de qualité de vie à l’ère de l’immédiat. Elle participe au développement du travailleur au même titre que d’autres avancements professionnels dans une société où seule la Mobilité ralentit. Cela veut-il dire qu’il faut libérer absolument les lois du travail ? Pas du tout. Bien au contraire, l’État doit conserver un cadre qui préserve les droits, et des travailleurs, et des employeurs. C’est pourquoi, par exemple, la moyenne du temps de travail sur l’ensemble de l’année reste bien de 38h/semaine.

On défend la « carrière à papa » alors que la génération Millenials n’a ni l’envie, ni le besoin de travailler en CDI, pendant 40 ans dans la même entreprise. Les jeunes ont la bougeotte ; peut-être une déformation de la pensée « zapping » induite par la télévision et Internet. Leur (future) carrière devra impérativement prendre en considération cette mobilité grandissante, qu’elle soit d’une entreprise à une autre ou d’un pays à un autre. À moyen terme, ce sont aussi les contrats de travail qui s’adapteront à cette donnée : d’un côté, les CDD à perpétuité plongent certains travailleurs dans une situation précaire ; de l’autre, le CDI offre une protection tellement confortable qu’il freine toute avancée professionnelle quand il ne se montre pas complètement inaccessible pour une partie significative des travailleurs actifs.

On raisonne encore comme si l’on était au 20ème siècle, avec un salariat ultra-majoritaire, alors que l’on assiste à l’émergence des indépendants. D’ailleurs, l’Histoire Sociale ne rappellera jamais assez le paradoxe dans lequel se trouvent les syndicats d’aujourd’hui, à défendre un modèle salarial qu’ils ont tant décrié auparavant. Parmi les nombreux bouleversements engendrés par la révolution numérique, deux affectent directement le salariat : la démocratisation du capital (principalement technique) et le déplacement de la valeur marchande. Ceux-ci boostent l’auto-entrepreneuriat et, donc, le travail indépendant. Sans modernisation du travail, on assure à ses jeunes entrepreneurs un avenir sans aucun doute précaire.

On imagine que l’entreprise est un lieu de conflit où s’opposent patrons et syndicats alors que les nouvelles générations aspirent à plus de libertés et d’horizontalité. De fait, la génération des « Millenials » est en train de bousculer tous les codes de la hiérarchie. Dans certains pays comme le Canada, ce sont les salariés qui évaluent leur employeur ; on se questionne sur les bonnes pratiques du managérat ; les teambuildings et autres deviennent monnaie courante. Le fordisme s’éclipse au profit de la startupisation de l’entreprise, même si ces évolutions peinent à percer dans les grands secteurs industriels qui se trouvent déséquilibrés dans notre économie de services.

On est convaincu que partager le temps de travail est une solution miracle alors que pour obtenir le plein-emploi, il ne faut pas le diviser, il faut en créer. D’aucuns pensent que cela est impossible, que la croissance n’est pas infinie. C’est oublier que les dernières études en la matière, notamment celle du cabinet Wagepoint, indiquent que 60% des emplois exercés dans une quinzaine d’années n’ont pas encore été exercés. D’ailleurs, les dix métiers les plus sollicités aujourd’hui n’existaient pas avant les années 2000. Ce constat démontre que le Travail est en perpétuelle progression et mutation. L’erreur serait de chérir l’immobilisme d’un monde qui ne l’a jamais été.

Le choix de l’optimisme

Ce 29 septembre, le conservatisme a défilé dans Bruxelles. Un conservatisme qui, pour préserver ses acquis, est prêt… à tout perdre. En se cachant derrière l’opposition ferme à la Loi Peeters, certains s’octroient le luxe d’éviter tout questionnement sur la modernisation du monde du travail. Ce n’est pas notre choix. Puisque la révolution numérique est incontournable, et c’est un fait irréfutable, nous refusons la résignation ou la nostalgie. Notre choix est de regarder vers l’avant, avec optimiste afin de clairement déterminer les avantages de ces bouleversements. Nous avons une chance inouïe de forger un monde du Travail capable de relever les défis de notre siècle ainsi que de répondre aux ambitions de notre jeunesse. À défaut, les jeunes ne seront que les esclaves des Temps Passés.