Carton bleu des Jeunes MR | Droit à l’avortement: le « vrai » drame, c’est le conservatisme de Mgr Léonard

Publié le 7 avril 2015


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Lors de son homélie de Pâques en la cathédrale Saint-Michel de Bruxelles, Monseigneur Léonard n’y a pas été par quatre chemins. Selon l’archevêque de Malines-Bruxelles, la dépénalisation de l’avortement en Belgique – qui fêtait ses vingt-cinq ans début avril – est un « drame ». Ces propos ne sont pas passés inaperçus, et pour cause. Qualifier le droit à l’avortement comme une tragédie de l’Histoire n’exprime pas seulement une vision archaïque des Droits des Femmes; cela stigmatise également de nombreuses Belges qui ont eu recours à l’interruption de grossesse volontaire. S’il est vrai que ce sujet ne fait pas l’unanimité parmi les libéraux, il nous parait essentiel de rappeler que les Jeunes MR ont la volonté de toujours s’opposer aux conservatismes et attachent une grande importance à la liberté individuelle ainsi que le respect des choix posés dans la sphère privée.

Soyons honnêtes : la position de Mgr Léonard n’a rien de surprenant. Elle représente d’ailleurs un courant de pensée majoritaire au sein de l’Église. Qu’on soit en désaccord ou non avec ses convictions, sa liberté d’opinion est incontestable. Toutefois, sa manière d’instrumentaliser le sujet en jouant sur les passions pose sérieusement question. Libre à Mgr Léonard de jouer les Tartuffe en demandant de « couvrir ce crime qu’il ne saurait voir » mais il nous parait indécent de jeter un voile sur la réalité qui entoure cette problématique et dépasse largement sa dimension spirituelle.

Aujourd’hui, dans l’esprit de certains réactionnaires, les femmes voient l’interruption de grossesse comme un moyen de contraception « de la dernière chance » dont elles pourraient user et abuser comme bon leur semblent, puisque la loi l’autorise. Non seulement, c’est insultant vis-à-vis de la gravité que représente un avortement mais c’est également totalement faux. La dépénalisation de l’avortement en 1990 n’est pas le fruit d’un caprice féministe. C’est au contraire la conséquence d’un vrai problème de société et de santé publique. Dans les pays où l’avortement reste interdit par la loi, les interruptions de grossesse se font à l’abri des regards, de façon amateur, dans des endroits insalubres et dans des conditions déplorables. Pour de nombreuses femmes, l’intervention sera synonyme d’une mort certaine, suite à une infection ou une hémorragie. Résultat : chaque année, dans le monde, 47.000 femmes meurent durant un avortement. La loi de 1990 – portée notamment par la libérale flamande Lucienne Herman-Michielsen, rappelons-le – a créé un cadre médical sûr autour de l’avortement. Et, n’en déplaise à Mgr Léonard, la dépénalisation de l’avortement n’a en rien banalisé la procédure puisque seuls 1,2% des femmes recourent à l’avortement en Europe occidentale (où il est autorisé) contre 3% en Amérique latine ou en Afrique (où il ne l’est pas).

Mais l’avortement n’est pas qu’une question de chiffre. C’est une question de droit aussi. La femme a le droit de disposer de son corps et doit pouvoir décider librement de sa vie sexuelle et reproductive. De cette manière, les femmes ont la possibilité de reprendre le contrôle sur leur projet familial, au même titre que les hommes. L’interruption de grossesse volontaire est également un choix personnel qui s’exprime dans la sphère privée. Comme devrait être la religion, d’ailleurs. Un choix qui relève de la vie privée doit toujours être respecté, peu importe les convictions des uns et des autres, du moment que ce choix ne remet pas en cause les libertés d’autrui. Ces deux principes restent, à nos yeux, fondamentaux et à la base de notre projet de société.

Pour Mgr Léonard, la dépénalisation de l’avortement est un « drame ». C’est son opinion. En tant que libéraux, nous voulons rester vigilants face à ces conservatismes qui subsistent dans nos sociétés modernes et qui tentent de s’imposer dans l’espace public, au détriment de nos libertés individuelles. Posons-nous la question : le vrai « drame » aujourd’hui n’est-il pas de vouloir sans cesse faire marche arrière ?