Carton bleu des Jeunes MR | Tax shift: méfions-nous de la rage taxatoire sur le capital !

Publié le 16 février 2015


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Ce weekend, dans l’interview qu’il a accordé au journal L’Echo, le Secrétaire général de la FGTB Marc Goblet nous a décrit sa vision anachronique d’un monde où s’opposent les travailleurs opprimés et les milliardaires sans pitié. Son constat : l’imposition sur les revenus du travail est trop importante dans notre pays ! Il est évident qu’avec un taux moyen de 42,8%[1] – la Belgique est championne dans ce domaine au sein de l’Union européenne -, il est difficile de le contredire. Toutefois, sa solution laisse perplexe : taxer et encore taxer le capital, qu’il soit mobilier ou immobilier, qu’il soit détenu ou transmis, qu’il soit dans les mains d’un riche héritier ou dans celles d’une famille modeste. Marc Goblet fait comme si le capital n’était pas taxé en Belgique alors qu’il l’est, à près de 35%[2], et ce bien au-dessus de la moyenne européenne. Face aux débats que suscite le prochain « tax shift » prévu par le Gouvernement Michel, il nous parait essentiel d’apporter un éclairage nuancé à cette conception manichéenne de la fiscalité.

Tout le monde doit participer à l’effort budgétaire. Les personnes très riches également. C’est pourquoi, même si nous sommes libéraux, nous ne soutiendrons jamais l’idée d’un impôt unique (capitation) comme le chérissait Margareth Thatcher ; au contraire, nous nous prononcerons toujours en faveur d’une imposition progressive qui répartit l’effort de façon équitable entre chaque citoyen. Mais nous ne pouvons soutenir une rage taxatoire sur le capital dont les conséquences seront catastrophiques pour de nombreux Belges ainsi que pour l’économie de notre pays.

D’un côté, on veut imposer lourdement les revenus du capital, de manière uniforme, sans vraiment distinguer le spéculateur du citoyen qui possède quelques actions, au nom d’une justice fiscale… Profondément injuste, en définitive. Cette mesure comporte deux risques majeurs. Premier risque :on va pousser les contribuables à placer leur capital à l’étranger, profitant d’une harmonisation fiscale européenne toujours en chantier. Deuxième risque : on va décourager l’investissement dans l’économie réelle. Il sera, en effet, plus avantageux pour le contribuable belge de ne pas « faire travailler » son capital puisque tout retour sur investissement ira droit dans les caisses de l’État. Et une économie sans investissement, c’est une économie sans croissance. D’un autre côté, on veut taxer la détention de capital, comme l’épargne des Belges qui est aujourd’hui estimée à environ 250 milliards d’euros[3]. Que penser d’un hold-up direct sur les comptes épargnes des ménages belges, touchant directement au fruit de leur travail ? Non seulement, on pose une entrave à la liberté des Belges d’économiser mais, en plus, on stigmatise un comportement rationnel et justifié. Non, rediriger l’épargne des Belges ne passe pas par la contrainte ! Cela passe par l’incitation, avec par exemple la déduction fiscale pour certains investissements.

L’allègement de la fiscalité sur le travail est incontournable ! Le capital peut y contribuer dans une certaine mesure, avec une taxation juste et ciblée. Sur la spéculation, par exemple, comme cela a déjà été entamé par le Gouvernement Michel qui a relevé la taxe sur les opérations en bourse. Mais il faut également se poser la question d’un glissement vers d’autres formes de fiscalité. À l’heure de l’urgence climatique, nous, les Jeunes MR, voulons préconiser une fiscalité verte, en accord avec notre vision d’une société d’avenir libre et durable. Ce « tax shift » est l’occasion de sanctionner certains comportements polluants : au niveau des véhicules polluants, au niveau de la qualité des eaux de baignade, au niveau des bâtiments énergivores, au niveau de certains avantages professionnels comme les voitures de société. Il s’agira d’être créatif dans ce dossier. Car « taxer les riches » est un slogan qui fait mouche auprès de l’opinion publique mais méfions-nous de cette vision simpliste et dangereuse pour notre pays.

[1] EUROSTAT (2014) « Belgium », dans Taxation trends in the European Union

[2] EUROSTAT (2014) « Belgium », dans Taxation trends in the European Union

[3] Selon les chiffres de la Banque nationale de Belgique (Mars 2014)