Les mesures fortes

Environnement

Quand en 2016, nous nous sommes intéressés au sujet de l’environnement, notre premier constat fut d’observer le peu d’intérêt porté par les Belges aux problématiques environnementales. Mais à ce premier bilan venait s’en ajouter un autre : si les Belges, de manière générale, ne portaient pas l’environnement très haut dans leurs intérêts, les jeunes, eux le considéraient comme la première de leur préoccupation.
Plus que jamais aujourd’hui, les marches pour le Climat entamées un peu partout en Europe sont venues finalement confirmer cette différence et les jeunes Belges sont parmi les premiers européens a avoir emboité le pas. En intimant à ses leaders de prendre des Comment concilier Libéralisme économique et politique environnementale ? mesures, la jeunesse a mis sur la table un sujet qu’elle considère comme fondamental.
De notre côté, nous n’avons pas attendu les marches pour le climat pour nous mobiliser. Notre Cycle Vert en 2016 et le Petit Livre Vert qui en a découlé en sont des exemples. Nous avions alors mis en avant 10 mesures, 10 propositions afin de réconcilier Libéralisme et Politique environnementale, trop souvent opposés et considérés irréconciliables.
Cette thématique nous paraissait indispensable en vue du triple scrutin de mai prochain. Il est primordial que les Libéraux s’en emparent. Et finalement, qui de plus légitime qu’une génération de jeunes libéraux qui considèrent que l’environnement n’est plus un combat idéologique mais un défi majeur, si ce n’est le plus grand, du XXIe siècle? Pour paraphraser un grand homme, l’écologie est une affaire trop grave pour la confier uniquement à des écologistes.

Cela fait une vingtaine d’années que la finance verte a été mise sur pied. On pourrait la définir simplement comme des produits financiers dont le but est de financer des projets qui favorisent la transition écologique et énergétique. Si de tels produits ont commencé à se développer au début des années 2000 aux États-Unis, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) émet, quant à elles des obligations vertes depuis 2007 dans le même esprit.
Le nerf de la guerre se situe évidemment dans la définition du caractère « vert » de telles obligations dans les projets qu’elles servent à financer. Bien souvent de telles obligations font l’objet de rapports réguliers quant à l’utilisation des fonds pour lesquels ils ont été levés. Les obligations vertes ont d’ores et déjà permis de débloquer des sommes colossales en faveur de projets écologiques et qui favorisent la transition énergétique. Par exemple, en France, où la BEI a cofinancé la plus grande centrale photovoltaïque d’Europe.
Le projet de Banque européenne pour le climat s’annonce comme un palier supplémentaire en terme de finance verte. Si ses modalités exactes doivent encore être définies, elle aurait pour but de prêter aux États à un taux 0 pour 2% de leur PIB. Cet argent ainsi prêté devra servir à financer des projets en faveur de la transition écologique. Aux Jeunes MR, nous souscrivons à ce projet ambitieux qui propose une solution originale afin de permettre à chaque État-Membre de réussir sa reconversion.

Réussir la transformation de notre système vers un monde plus écologique et plus durable représente un des plus gros défis de notre temps. Pour relever cet immense challenge, au-delà de la volonté politique, il nous faudra développer des nouvelles innovations. Les domaines propices à l’innovation sont nombreux mais concernent principalement l’énergie. Un exemple parmi tant d’autres est celui de notre incapacité aujourd’hui à stocker de grandes quantités d’énergie. Ce manque est particulièrement problématique lorsqu’on sait que beaucoup d’énergies « vertes » ne peuvent produire que par intermittence (énergie éolienne et solaire par exemple). Une telle avancée ne peut se faire sans recherches scientifiques et qui dit recherches scientifiques implique besoin de financement.
Aux Jeunes MR, nous voulons diminuer au maximum la pression fiscale qui reposerait sur le financement de la recherche dans le domaine durable.

L’écologie est aujourd’hui malheureusement devenue l’apanage des partis verts ou écolos et, en tout cas, de ceux qui s’en réclament. Même si personne ne pourra jamais leur enlever qu’ils ont été les premiers à mettre sur le tapis l’urgence de traiter la question environnementale, quand aucun autre ne s’y intéressait vraiment (à titre d’exemple Écolo a été créé en 1980 en Belgique), cet état de fait ne peut pas perdurer. Le dogmatisme fait souvent force de loi dans ces partis et les voix pour une écologie, ou en tout cas des politiques environnementales différentes, sont rares voire inexistantes.L’écologie ne peut se cantonner à une partie restreinte de l’échiquier politique. Cela nierait le droit à toute autre formation politique de s’emparer de cette problématique et cela signifierait qu’il n’existe qu’une seule voie de sortie à la crise climatique. Les solutions de ces partis devraient alors être écoutées et appliquées comme autant de paroles d’évangiles. Nous refusons de nous plier à ce dogme.
Si on analyse rapidement ces partis, l’écrasante majorité de ceux-ci se définissent comme des partis de gauche. Leur doctrine est souvent basée sur des solutions étatiques à apporter aux problèmes environnementaux, cantonnant l’individu à un rôle de spectateur. Et puis, bien souvent, l’individu est culpabilisé, d’avoir lui-même pollué et détruit son environnement par son comportement individuel. La critique exacerbée du libéralisme, et du capitalisme considéré comme son complice, ne sont souvent jamais loin. Pourtant, il y aurait matière à redire sur cette accusation sous forme d’anathème. La solution aux maux de la Terre est donc finalement toute trouvée, puisque l’individu n’est pas capable de prendre en considération les enjeux environnementaux dans son comportement, pas plus que les entreprises, alors il convient de leur rogner certaines de leurs libertés. L’État jouera le rôle de garde-fou, seul décideur de ce qui est bon pour les individus, ou plutôt pour la population dans son ensemble.
Les Libéraux ont ça en commun, comme le résumait Foucault : « les Libéraux ont le soupçon que l’on gouverne trop ». Et l’histoire semble donner finalement tort à ceux qui considèrent que ce sont le libéralisme et les individus qui sont responsables de l’état actuel de notre planète. Parce qu’à y regarder de plus près, cette affirmation est en partie trompeuse. En effet, dans l’exploitation et l’extraction des ressources naturelles, ce sont des États qui en ont fait une fin en soi. Les États n’ont jamais hésité à faire usage de la force ou à déclencher des guerres pour asseoir leur domination territoriale et économique, ou tout simplement leur survie. Les exemples ne manquent pas. La dernière guerre en Irak en est un parmi d’autres. L’État encore, sans l’aide duquel aucune grande entreprise qu’elle soit minière, pétrolière ou encore nucléaire, ne pourrait jamais avoir eu accès à de tels marchés étant donné les énormes barrières financières à l’entrée et les coûts d’exploitation sans compensation de subvention. Certains libertariens, comme Grant Micy, fervent partisan d’un libéralisme écologique, vont encore plus loin et affirment que, dans un monde parfaitement libre, les entreprises d’énergie devraient forcement se concentrer sur des systèmes de production alternatifs principalement parce que l’exploitation des énergies fossiles seraient trop couteuses.
Le but de ce raisonnement n’est pas de dédouaner les individus et les entreprises de leurs responsabilités face au changement climatique mais plutôt de considérer qu’ils ne sont pas les seuls à devoir changer leurs habitudes parfois héritées depuis des siècles. L’héritage marxiste des théoriciens de la plupart des partis écolos ne devrait pas éluder la responsabilité qu’ont eu les États face à l’Histoire. Les individus et les sociétés ont aussi un rôle primordial à jouer afin de favoriser la transition écologique sans que l’État ne soit nécessairement impliqué. Des individus par la somme de leurs décisions individuelles arrivent d’ores et déjà à influencer les choix commerciaux des entreprises. Un exemple assez marquant de l’entreprise Ferrero et son produit phare le Nutella, englué à de nombreuses reprises dans des polémiques autour de l’utilisation d’huile de palme, responsable de la déforestation. L’entreprise s’est engagée à utiliser de l’huile de palme 100% durable d’ici 2020, une initiative saluée jusque dans les rangs de Greenpeace. Une prise de conscience individuelle sur la question climatique, accompagnée d’un changement de comportement, peut trouver des origines multiples.
De manière générale, elle se traduit souvent par un renoncement à quelques libertés aujourd’hui dans l’espoir d’en conserver d’autres dans le futur. Au fameux adage libéral qui affirme qu’on ne construit pas un paradis social sur un désert économique, on pourrait ajouter qu’on ne construira pas un paradis économique sur un désert tout court où les ressources essentielles à notre survie viendraient à manquer et deviendraient l’objet de toutes les convoitises.

La volonté politique ne peut se résumer à des mots et doit se traduire en actes. On ne peut prétendre défendre un projet climatique ambitieux sans que celui-ci soit détaillé et balisé à chaque étape de sa mise en place. Aux Jeunes MR, nous souhaitons qu’un tel plan soit mis sur pied pour passer du discours à l’action.

On le sait, les importations de produits et de biens de l’étranger peuvent avoir un coût économique faible mais ce dernier reflète rarement l’empreinte carbone ou l’impact écologique de manière plus générale. Afin de susciter une prise de conscience individuelle, il est nécessaire de rendre accessible toutes les informations sur les coûts réels en matière d’empreinte carbone et l’impact d’importer des produits qui viennent parfois de loin.

Nous faisons face à une incohérence de taille en matière de taxations des carburants avec des taux très élevés sur l’essence et le diesel utilisés dans les voitures, inexistants sur le kérosène utilisé dans l’aéronautique et faible sur le mazout de chauffage. La fiscalité est un des instruments de l’État et reflète souvent la volonté d’un gouvernement. Il est temps que la fiscalité soit repensée de manière cohérente afin de favoriser la transition énergétique sans devenir un instrument punitif et en prenant en compte les effets sociaux collatéraux. Pour paraphraser Emmanuel Macron, la fiscalité doit pouvoir permettre de réconcilier fin du monde et fin du mois.

Une politique énergétique ambitieuse ne peut s’envisager dans un périmètre aussi réduit que celui de la Belgique, même si les opportunités dans notre pays, comme l’éolien offshore, sont nombreuses. Les opportunités varient d’une région de l’Europe à l’autre et les besoins en énergie aussi. Un mix énergétique débarrassé du carbone et sécurisé doit s’envisager au niveau européen.