Les mesures fortes

ENSEIGNEMENT

Depuis des années, la qualité de notre Enseignement en Communauté française est en chute libre. Les enquêtes PISA s’enchainent et se ressemblent, indiquant une baisse importante du niveau moyen des élèves mais aussi une grande disparité en fonction de l’origine sociale de ces derniers. Le Pacte d’Excellence a promis de remédier à ces carences, mais ses quelques mesures phares sont très loin de nous convaincre. Dès lors, nous avons voulu repartir du début, en définissant les finalités de notre Enseignement idéal et proposer ensuite des recommandations afin qu’il entre de plain-pied dans le XXIe siècle.

Si l’Enseignement doit servir d’ascenseur social et être un moteur dans notre société alors il doit pouvoir fournir à chacun les armes afin d’évoluer au mieux en son sein. Avoir un travail, un métier d’avenir constitue la meilleure des sécurités afin de s’assurer un futur serein, n’en déplaise aux esprits chagrins qui continuent de croire qu’il est impossible de s’épanouir dans le travail.

Seules, les compétences ne suffisent pas. L’école a le devoir de sensibiliser et de permettre à tous d’appréhender notre société dans sa complexité et en étant capable de développer un véritable esprit critique. Les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont nombreux, comme l’environnement pour ne citer que celui-là. Aux Jeunes MR, nous pensons que c’est également à l’école qu’appartient, en partie, cette tâche.

Le processus actuel d’évaluation des futurs profils et des compétences n’est plus adapté à un monde qui change rapidement sous l’impulsion de la révolution numérique.
L’Intelligence Artificielle (IA) jouera un grand rôle dans le futur. À l’avenir, ce sont des professions entières qui sont menacées. Nous en avions déjà fait le constat dans notre Mémorandum du Congrès Numérique. En effet, la société de consultance McKinsey* considère qu’environ 40% des métiers (à distinguer des emplois) actuels sont menacés dans un futur proche. Il faut pouvoir anticiper cette révolution. Les personnes qui occupent ces emplois, ou du moins leurs compétences, vont devoir évoluer. Actuellement, seuls les compétences et les profils des métiers sont réévalués de manière régulière dans la filière qualifiante. Or, selon nous, les compétences dans toutes les filières devraient pouvoir être réévaluées afin de correspondre avec l’évolution de la société.

Tout au long du cursus scolaire, il est crucial pour un enseignant, mais également pour l’élève lui-même, de pouvoir évaluer son niveau et
le chemin qui lui reste à parcourir afin d’atteindre les compétences qui lui sont demandées d’acquérir au terme de chaque année scolaire. Les évaluations certificatives permettent d’appréhender réellement le niveau de compétence et de procéder ensuite à des remédiations si nécessaire. Des évaluations externes, comme le BAC européen, permettraient également de situer le niveau des élèves belges dans le contexte européen, tout en ayant l’avantage de réduire les problèmes en terme d’équivalence pour les élèves qui souhaiteraient faire leurs études ou travailler dans un autre pays que celui où ils auraient réalisé leurs études secondaires.

Le taux de redoublement est trop élevé en Belgique. Un constat partagé par tous les acteurs de l’enseignement mais également par l’ensemble des partis politiques. Cependant, la solution proposée aujourd’hui pour mettrefin à ce problème est de le déconseiller fortement aux enseignants dans le degré inférieur (ce qui revient à bannir la pratique) et de l’interdire purement et simplement entre la première et la deuxième secondaire. Conséquence directe ? Des élèves qui accumulent du retard pendant des mois, voire des années, et qui se retrouvent perdus, sans repère et sans avoir acquis les bases suffisantes pour pouvoir continuer leur cursus de manière adéquate. De plus, on observe une baisse générale du niveau ces dernières années. Il suffit de se pencher sur le niveau d’exigence du CEB en baisse depuis une dizaine d’année. D’autant que cette situation devrait s’aggraver avec la mise en place du Pacte d’Excellence et avec la fin du CEB comme évaluation certificative.

Le décret « Titres et Fonctions » est actuellement beaucoup trop contraignant. En effet, il enferme dans un carcan trop étroit et contraint certains professeurs à n’exercer que dans un seul domaine, les privant dans certains cas de donner cours dans des matières qu’ils enseignaient auparavant. Une aberration à l’heure où la profession d’enseignant fait face à une pénurie. Il faut au contraire permettre à tous ceux, y compris venus du privé, de pouvoir enseigner pour autant qu’ils disposent, ou soient prêts à acquérir, les compétences pédagogiques nécessaires.

À l’opposé du Pacte pour un Enseignement d’Excellence, nous pensons que l’allongement du tronc commun relève d’un postulat idéologique dont la conséquence logique sera un nivellement par le bas de l’ensemble des élèves. En tant que Libéraux, nous croyons dans l’individu et dans l’individualité de chaque élève. Nous sommes contre un tronc commun qui enfermerait dans un moule uniforme l’ensemble des élèves et qui, sous prétexte d’ouvrir le champ des possibles, ne fera que former de manière superficielle l’ensemble des élèves.

D’un point de vue plus pratique, le cours de Mathématiques a toujours été un cours qui concentre les peurs et appréhensions de certains élèves. Il est également perçu, à tort ou à raison, comme un véritable marqueur de la performance. Afin d’offrir une meilleure vision de ce cours, nous proposons de généraliser une pratique qui a déjà cours dans certains établissements, à savoir la fragmentation en une partie théorique et une partie pratique. Une telle méthode pourrait s’étendre par ailleurs à l’ensemble des cours dits scientifiques.

Nous avions déjà formulé cette idée lors de notre Congrès Numérique et nous en sommes toujours convaincus.
Nous vivons dans un monde où un nombre d’informations gigantesque est disponible. Une conséquence directe de cette accessibilité, chacun peut décider de son propre chef de suivre d’excellentes formations données par des professeurs de renom sur le web. Notamment via les désormais fameux MOOC’s (Massive Open Online Course), des cours en lignes qui comprennent la plupart du temps des leçons filmées, des exercices en ligne, des articles à lire et des forums d’entraide. Pourquoi ne pas pousser la logique alors encore un cran plus loin comme le proposent Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee en repensant les méthodes pédagogiques et, à long terme, tendre vers la philosophie du « Flip the Classroom » ou classe inversée ? Les élèves suivraient les leçons disponibles en ligne à la maison, sous forme de vidéos par exemple. Ensuite, ils viendraient en classe faire leurs devoirs et obtenir de l’aide et des informations complémentaires sur leurs leçons à l’école.

En tant que Libéraux, nous attachons de l’importance à la liberté et à l’autonomie. Qui mieux que les enseignants et les professeurs peuvent déterminer la meilleure façon d’organiser et de diriger un établissement, aussi bien primaire, secondaire que supérieur ? Nous ne croyons pas qu’une règle unique, rigide soit capable de répondre à l’ensemble et à la différence des besoins des différentes écoles en Communauté française. Cette volonté passe par la suppression du Décret Inscriptions qui enferme et confine des élèves à la réalité sociale de leur quartier. La mixité sociale ne peut être réalisée de cette façon.